D’humus à humilité

by BG

Et bouse. La biodynamie est si porteuse qu’on en parle beaucoup, jusqu’au petit théâtre de Michel Onfray, un philosophe, pensez-vous, qui cite Nietzsche, Kant et Bachelard. Et ça donne un monologue qui ne nous aide pas, ni à mieux comprendre, ni à se faire une vraie bonne idée sur le sujet ; à la limite de ce que j’attends d’un philosophe. Bref, retour à la vraie vie, pour rencontrer des vrais gens, qui font des vraies choses avec leurs vraies mains… Et avec humilité (de humus, terre). Le temps calme d’une conférence au milieu d’un champ, les pieds dans l’herbe, intitulée « approche biodyamique de la vigne et du vin » autorise toutes les questions, même celles des non-initiés. Les trois invités présentent leur vision et leur interprétation de la biodynamie. Quelques notes au retour du salon Tech & Bio, à Mortagne/Gironde, 6 juillet 2016. Organisé par la Chambre d’Agriculture.

A la radio, il y avait un philosophe. A la campagne, il y avait trois sages.

Le guide, Jacques Fourès

Accompagnateur des démarches biodynamie en viticulture et agriculture. Egalement au CA de Demeter. A participé à la révision du cahier des charges viticulture. Président de l’association Aquitaine Biodynamie (adhérente à la fédération nationale le MABD)

Comment définirait-il la biodynamie ?

Proposée par Robert Steiner, il y a 90 ans, il s’agirait d’une agriculture basée sur l’observation. Du sur-mesure. Ces dernières décennies, trop industrielles, ont beaucoup abîmé : supprimé les haies, endommagés les fossés, contribué au tassement des sols. Et même des terroirs très renommés, avec ces méthodes, ont en a fait une utilisation un peu tronquée.

Equilibre des sols ?

En cultivant en biodynamie, on retrouve des équilibres différents (analyses à l’appui), des pH plus bas et un travail redevenu intéressant. On redonne la main au chef de culture, plutôt que d’appliquer un programme tout fait. Objectif : activer tout ce qui est vivant, les sols, les plantes, les animaux. Cela devient possible en créant de petits écosystèmes équilibrés, des paysages, un fonctionnement autonome. Pour harmoniser, il s’agit de créer des liens, trouver un équilibre satisfaisant.

A cela, rien de quantitatif, on travaille plutôt sur des impulsions. Si l’on reconnaît aisément certaines forces, comme la lumière, la chaleur : il y en a d’autres, que l’on peut essayer de capter.

 

Le vigneron, Alain Moueix

Exploitant depuis 2002 au Château Fonroque à Saint-Emilion et plus récemment du Château Mazeyres à Pomerol.

Plus généralement, que serait qu’un bon vin ? Ce serait un vin qui fait du bien.

Lorsqu’on lui demande de définir sa vision de la biodynamie, il mentionne quatre piliers :

  • Harmonie ; tout compte, les sols, les hommes, la plante. Les trois !
  • Approche holistique,
  • Observation,
  • Accompagner la nature et non la dominer.

Et pour agir, il se limite à deux leviers :

  • L’environnement proche : les préparats
  • L’environnement lointain : le cosmos

Les raisons de son choix :

  • Mettre l’homme à sa juste place
  • Préoccupations environnementales
  • Pérennité (transmettre)
  • Exprimer son terroir
  • Authenticité : valoriser son terroir, certes, pour autant que l’on soit précis au chai.

Conséquences, observations :

  • Sur les humains : ceux qui travaille à la vigne en premier lieu, mais pas seulement.
  • Sur les sols : plus souples, moins d’érosion, …
  • Sur la biodiversité : c’est visible !
  • Sur les maladies : moins !
  • Sur les équilibres : la vigne a besoin de s’habituer, aussi.
  • Sur les cycles : ils évoluent. 
  • Sur le pH : plus bas, on utilise moins de soufre
  • Sur les expressions

Bien entendu, il y a des contraintes associées :

  • Investissement : le temps d’observer
  • Présence dans les vignes
  • Personnel disponible les we… “Mais serait-ce contraignant d’aller répendre une silice de corne le matin au lever du soleil ?…”
  • Financièrement : équilibre économique difficile à trouver sur les appellations à faible valeur ajoutée
  • Matériel technique

Aux producteurs qui hésiteraient à se lancer, Alain Moueix cite, lui, Sénèque : “ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles”.

 

Le biologiste, Michele Lorenzetti

Etudes de biologie. Il a appris aux côtés de Carlo Nero. Viticulteur et oenologue. Mise au point de préparations biodynamiques et ouverture de l’école d’agriculture byodynamique à Rome.

Présentation très orientée sur les préparations :

> Corne, c’est le contenant qui permet à la terre de rentrer en communication avec le sol. Composée de plus de 600 micro-organismes différents. Un outil pour bâtir l’humus du sol.

> Deux préparations principales :

  • La 500 : bouse de corne, humus pour construire la structure biologique des sols . La fiche sur le site de Demeter.
  • La 501 : silice de corne, lumière, processus de constitution des tissus de la plante. La fiche sur le site de Demeter.

Il n’est pas question de quantités : l’explication scientifique passe par l’idée du process. Le processus biologique et dans l’humain également n’est pas lié aux quantités. Comme pour la fermentation avec les levures, tout processus biologique a besoin de la substance et des conditions pour fonctionner.

A la base des actions dans les vignes : une observation simple. Les sols post-vendanges sont différemment structurés qu’au printemps. Ainsi, au vignoble, il définit deux saisons d’actions : le printemps et l’automne.

Au-delà du « bizarre » de ces démarches biodynamiques, notons dans cette approche la préoccupation permanente pour les sols. La vie des sols, l’équilibre des sols. L’humus. Le sol comme un allié. Le sol comme socle. Les sols pour des expressions aromatiques différentes des fruits.

Et Michele Lorenzetti de conclure sur l’influence du sol : il irait même jusqu’à transformer l’expression génétique de la plante, en travaillant sur son ADN.

 

Références :

Lien pour lire la lettre de Sénèque à Lucilius, Livre XVII, lettre 104

L’émission de France Culture, tristement intitulée « Théorie du fumier spirituel », Brève encyclopédie du monde, de Michel Onfray.

Mes notes complètes de la conférence, sur demande.

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