Graine de maceron

by BG

En plein été, le maceron (smyrnium olustratum) offre ses graines, devenues noires (et très visibles sur la plante toute sèche, environ 5-6 mm). La plante est communément présente sur les littoraux européens, dans les fossés, en bordures de champs, talus,…). Et l’on peut apprendre à la repérer à tout moment de l’année pour aller en cueillir à la demande. Car tout se mange dans ce légume oublié, autrefois cultivé. Initiée par ma cueilleuse locale, une petite récolte m’a permis de tester cette alternative au poivre, le « poivre des pauvres » me dit-on. Il suffit de détacher les nombreuses graines que porte une plante, de les trier et de les débarrasser des poussières. A moudre avec un moulin à poivre à la dernière minute. Tout simple. A disposition. Le nez rappelle le parfum si fleuri du poivre noir, avec un petit piquant qui ne s’éternise pas. On dirait presque un léger goût de sous-bois qui le suit… Une intéressante alternative ou complément aux poivres ; à garder dans son fond d’épicerie.

by BG

Complément d’information :

La chronique de Zoom Nature dit à peu près tout sur le maceron.

D’humus à humilité

by BG

Et bouse. La biodynamie est si porteuse qu’on en parle beaucoup, jusqu’au petit théâtre de Michel Onfray, un philosophe, pensez-vous, qui cite Nietzsche, Kant et Bachelard. Et ça donne un monologue qui ne nous aide pas, ni à mieux comprendre, ni à se faire une vraie bonne idée sur le sujet ; à la limite de ce que j’attends d’un philosophe. Bref, retour à la vraie vie, pour rencontrer des vrais gens, qui font des vraies choses avec leurs vraies mains… Et avec humilité (de humus, terre). Le temps calme d’une conférence au milieu d’un champ, les pieds dans l’herbe, intitulée « approche biodyamique de la vigne et du vin » autorise toutes les questions, même celles des non-initiés. Les trois invités présentent leur vision et leur interprétation de la biodynamie. Quelques notes au retour du salon Tech & Bio, à Mortagne/Gironde, 6 juillet 2016. Organisé par la Chambre d’Agriculture.

A la radio, il y avait un philosophe. A la campagne, il y avait trois sages.

Le guide, Jacques Fourès

Accompagnateur des démarches biodynamie en viticulture et agriculture. Egalement au CA de Demeter. A participé à la révision du cahier des charges viticulture. Président de l’association Aquitaine Biodynamie (adhérente à la fédération nationale le MABD)

Comment définirait-il la biodynamie ?

Proposée par Robert Steiner, il y a 90 ans, il s’agirait d’une agriculture basée sur l’observation. Du sur-mesure. Ces dernières décennies, trop industrielles, ont beaucoup abîmé : supprimé les haies, endommagés les fossés, contribué au tassement des sols. Et même des terroirs très renommés, avec ces méthodes, ont en a fait une utilisation un peu tronquée.

Equilibre des sols ?

En cultivant en biodynamie, on retrouve des équilibres différents (analyses à l’appui), des pH plus bas et un travail redevenu intéressant. On redonne la main au chef de culture, plutôt que d’appliquer un programme tout fait. Objectif : activer tout ce qui est vivant, les sols, les plantes, les animaux. Cela devient possible en créant de petits écosystèmes équilibrés, des paysages, un fonctionnement autonome. Pour harmoniser, il s’agit de créer des liens, trouver un équilibre satisfaisant.

A cela, rien de quantitatif, on travaille plutôt sur des impulsions. Si l’on reconnaît aisément certaines forces, comme la lumière, la chaleur : il y en a d’autres, que l’on peut essayer de capter.

 

Le vigneron, Alain Moueix

Exploitant depuis 2002 au Château Fonroque à Saint-Emilion et plus récemment du Château Mazeyres à Pomerol.

Plus généralement, que serait qu’un bon vin ? Ce serait un vin qui fait du bien.

Lorsqu’on lui demande de définir sa vision de la biodynamie, il mentionne quatre piliers :

  • Harmonie ; tout compte, les sols, les hommes, la plante. Les trois !
  • Approche holistique,
  • Observation,
  • Accompagner la nature et non la dominer.

Et pour agir, il se limite à deux leviers :

  • L’environnement proche : les préparats
  • L’environnement lointain : le cosmos

Les raisons de son choix :

  • Mettre l’homme à sa juste place
  • Préoccupations environnementales
  • Pérennité (transmettre)
  • Exprimer son terroir
  • Authenticité : valoriser son terroir, certes, pour autant que l’on soit précis au chai.

Conséquences, observations :

  • Sur les humains : ceux qui travaille à la vigne en premier lieu, mais pas seulement.
  • Sur les sols : plus souples, moins d’érosion, …
  • Sur la biodiversité : c’est visible !
  • Sur les maladies : moins !
  • Sur les équilibres : la vigne a besoin de s’habituer, aussi.
  • Sur les cycles : ils évoluent. 
  • Sur le pH : plus bas, on utilise moins de soufre
  • Sur les expressions

Bien entendu, il y a des contraintes associées :

  • Investissement : le temps d’observer
  • Présence dans les vignes
  • Personnel disponible les we… “Mais serait-ce contraignant d’aller répendre une silice de corne le matin au lever du soleil ?…”
  • Financièrement : équilibre économique difficile à trouver sur les appellations à faible valeur ajoutée
  • Matériel technique

Aux producteurs qui hésiteraient à se lancer, Alain Moueix cite, lui, Sénèque : “ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles”.

 

Le biologiste, Michele Lorenzetti

Etudes de biologie. Il a appris aux côtés de Carlo Nero. Viticulteur et oenologue. Mise au point de préparations biodynamiques et ouverture de l’école d’agriculture byodynamique à Rome.

Présentation très orientée sur les préparations :

> Corne, c’est le contenant qui permet à la terre de rentrer en communication avec le sol. Composée de plus de 600 micro-organismes différents. Un outil pour bâtir l’humus du sol.

> Deux préparations principales :

  • La 500 : bouse de corne, humus pour construire la structure biologique des sols . La fiche sur le site de Demeter.
  • La 501 : silice de corne, lumière, processus de constitution des tissus de la plante. La fiche sur le site de Demeter.

Il n’est pas question de quantités : l’explication scientifique passe par l’idée du process. Le processus biologique et dans l’humain également n’est pas lié aux quantités. Comme pour la fermentation avec les levures, tout processus biologique a besoin de la substance et des conditions pour fonctionner.

A la base des actions dans les vignes : une observation simple. Les sols post-vendanges sont différemment structurés qu’au printemps. Ainsi, au vignoble, il définit deux saisons d’actions : le printemps et l’automne.

Au-delà du « bizarre » de ces démarches biodynamiques, notons dans cette approche la préoccupation permanente pour les sols. La vie des sols, l’équilibre des sols. L’humus. Le sol comme un allié. Le sol comme socle. Les sols pour des expressions aromatiques différentes des fruits.

Et Michele Lorenzetti de conclure sur l’influence du sol : il irait même jusqu’à transformer l’expression génétique de la plante, en travaillant sur son ADN.

 

Références :

Lien pour lire la lettre de Sénèque à Lucilius, Livre XVII, lettre 104

L’émission de France Culture, tristement intitulée « Théorie du fumier spirituel », Brève encyclopédie du monde, de Michel Onfray.

Mes notes complètes de la conférence, sur demande.

Apéritif à la camomille

IMG_3966

Si François Couplan, épatant ethnobotaniste, avait rencontré ma géniale grand-mère, on aurait bu un apéritif un peu comme celui-là, après une cueillette de fleurs de camomille (chamomilla recutica ou chamomilla suaveolens aux saveurs différentes mais aux vertus semblables).

IMG_3962

Celle-ci, bien en fleur à la mi-juillet, poussait abondamment entre une parcelle plantée de vigne et un champ en jachère. Sur un terrain plutôt sec. Prélèvement de quelques « têtes » (la fleur, ouverte mais pas trop, coupée au ras de la tige).

Préparation, inspirée de la « marquisette » de ma grand-mère et de la recette évoquée par François Couplan dans une de ces émissions de l’été.

  • Mélanger 1 bouteille de vin blanc, quelques cuillerées de sucre dans un saladier
  • Ajouter 3 ou 4 citrons coupés en gros morceaux et pressés au-dessus du saladier (pour que le zeste s’exprime aussi) et les fleurs de camomille
  • Laisser macérer plusieurs heures au frais
  • Servir allongé d’eau pétillante

Référence : La cuisine sauvage, François Couplan, Editions Sang de la Terre.

En écoutant : Le temps d’un bivouac, France Inter, de Daniel Fiévet, invité François Couplan. Justement ;)

Aliment creux ?

Comme une évidence, les non-sens se dévoilent, dans la bouche de Denis Lairon, nutritionniste.

Quand en écoutant nos sens, nous mangeons plus juste. Quand avec du bon sens, manger redeviendrait un acte militant, pour la santé, pour le plaisir, pour l’équilibre de nos sociétés. Au filtre des « aliments creux ».

D’abord un aliment c’est deux choses : de l’énergie (calories – pour se dépenser physiquement, maintenir sa température…) et des nutriments (minéraux, fibres, protéines – pour être en bonne santé, se développer…). Fait intéressant à constater, il y a autour de nous de plus en plus d’aliments riches en énergie et pauvres en nutriments. Ce sont eux, les « aliments creux ». Plus ils sont pauvres, plus on en mange pour tenter, presque vainement d’y trouver ce que l’on cherche, des nutriments, et c’est de l’énergie que l’on ingurgite. Le comble !

Tout à fait le profil des aliments industriels en général. Ils sont souvent les moins chers et bien entendu les plus consommés. Difficile de les éviter dans notre société ; ils sont massivement distribués par les grandes surfaces, les chaînes de restaurants, les cantines, les épiceries du coin, les distributeurs automatiques, etc. Ils sont vantés par des campagnes publicitaires bien ficelées.

Les fruits et légumes

Ils auraient bien des qualités nutritionnelles, mais voilà que produits industriellement elles diminuent. Il y a cette sélection des espèces qui donne la priorité aux rendements. La résistance aux maladies. Et nous voilà avec des pommes Golden, bien présentables mais peut-être les plus pauvres en nutriments du marché. Aliment creux.

Pour tous les fruits et légumes, le circuit long, celui qui fait passer le fruit par des intermédiaires et parfois d’invraisemblables trajets, fait chuter le taux de vitamines C. Mais même sans considérer tout cela, un peu de confiance en nos sens et nous nous apercevrions qu’en général le goût est un bon indicateur des qualités nutritionnelles contenues par les fruits et légumes.

Formidable. Excellente nouvelle. Un fruit ou un légume serait bon (pour la santé) lorsqu’il serait bon (au goût) ! Et même beau, tant qu’à faire. Ainsi quand un fruit est cueilli à parfaite maturité, il est au top de son goût et de ses qualités nutritionnelles. Ce qui m’inspire deux questions : serions-nous idiots, gourmands que nous sommes, d’acheter et de consommer des fruits qui ont été cueillis bien trop tôt pour supporter tous les désagréments du transport ? Et si nous nous retrouvions simplement devant un cerisier couvert de fruits, ne ferions nous pas confiance à notre oeil pour choisir les meilleurs fruits, puis à notre palais pour conforter notre choix ?

Simple comme bonjour, retour à l’enfance, à l’instinct.

Les produits laitiers

Avant, les vaches étant des ruminants, mangeaient de l’herbe…

Maintenant, pour produire plus, les vaches sont couramment nourries avec des céréales ou du soja. Changement de races, importation de soja du bout du monde, pour augmenter les rendements. Et les quantités de lait produites augmentent en même temps que les qualités nutritionnelles diminuent. Passant rapidement sur les conditions de production des-dites céréales ou du fameux soja, du fait qu’ils ont traversé la planète pour parvenir jusqu’à nos pauvres vaches surexploitées, voire dopées. Et sans s’étendre sur l’inadaptation des espèces choisies à notre milieu. Pauvres vaches, pauvre lait. Dans ces conditions il se pourrait même que les protéines de ce lait-là soient à l’origine des intolérances de plus en plus nombreuses au lactose. Dommage, aliment creux.

Ouf, il existe des éleveurs qui ont détricoté cet enchaînement malheureux pour revenir à une production plus sensée. Avec le choix de races de vaches moins productives, mieux nourries, mieux « traitées » et qui nous offrent des laits qui ont du goût, de l’épaisseur, de la crème, de la couleur et bien plus riches en acides gras de type oméga 3. Le circuit court étant une des clés pour que ce bon (vrai ?) lait nous parvienne avec toutes ces qualités retrouvées.

Le pain

Des centaines de variétés de blés ont étaient délaissées pour laisser la priorité à des variétés choisies ou nouvelles, plus productives. Les nouvelles élues correspondant mieux à une production industrielle (le pain fabriqué par des machines nécessite des protéines plus résistantes) favoriseraient dans le même temps l’intolérance au gluten. Les farines raffinées (blanches), en perdant l’enveloppe autour du grain et le germe, perdent ainsi nombre de leurs éléments nutritifs. Plus le pain est blanc, plus il est pauvre, plus il est creux ! Un concentré d’énergie pour une misère de nutriments. Une hérésie quand on sait que le blé est naturellement riche en minéraux, vitamines et fibres. Passons (ou pas) sur les nombreux traitements chimiques pendant la culture et ceux qui facilitent le stockage. Au pays du pain, on croit manger du pain, pensant à toutes ses qualités d’antan. Le fourbe, l’aliment creux !

Pour le pain, les procédés de fabrication s’ajoutent aux problèmes liées à la matière première. La fermentation nécessite un certain temps – un temps certain – pendant lequel des modifications bénéfiques s’opèrent. Vouloir accélérer ou rationaliser le processus de fabrication, c’est oublier le rôle du levain. C’est là que les mécanismes liés à la fermentation s’enclenchent, comme la création de la précieuse phytase. Conséquence ? Des protéines mal déstructurées et difficiles à digérer par l’organisme. Au pays du pain, par habitude, cliché, coutume ou pour la carte postale, on frise « la  catastrophe nutritionnelle », comme le dit gentiment Denis Lairon.

Heureusement, des paysans ont eu la bonne idée de décortiquer tout cela pour reconstituer une chaîne de production plus heureuse, plus courte et respectueuse ; et l’on trouve ici et là de belles initiatives de paysans-boulangers.

Plutôt un aliment plein une fois de temps en temps, qu’un aliment creux tous les jours. Plutôt la sobriété que cette opulence trompeuse.

D’après l’émission révélation Terre à Terre, Ruth Stégassy, France Culture, du 27 juin 2015, « Du pain… », avec Denis Lairon. La révélation ;)